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Comment devient-on typographe ?
Il
y existe des écoles, mais la plupart des typographes ont appris
de manière très différente ; c’est cela qui est
bien. En ce qui me concerne, j’ai eu une formation dans les métiers
de l’imprimerie et des industries graphiques. Je n’ai pas eu une formation
de dessinateur de caractères mais j’apprend depuis quelques années
auprès de certains dessinateurs en leur posant des questions
: je prend des cours de calligraphie, consulte des livres et des sites
internet consacrés à la lettre, j’essaye de participer
à des stages sur des sujets précis. En typographie, tu
es étudiant à vie, sans la carte et ses avantages. Même
si tu fais beaucoup d’erreurs, tu apprends ce que tu veux, les techniques
que tu veux et à ton rythme. Ça, c’est bien !
Typophage se veut un site consacré à
la lettre en général. Mais êtes-vous plus typographe
que calligraphe ou inversement ?
Pour
les puristes, ni l’un, ni l’autre. Ce qui m’intéresse, c’est
la lettre, le signe. La typographie et la calligraphie sont liées
par la lettre, mais ce sont deux choses très différentes.
La calligraphie a une approche plus instinctive, la maîtrise du
geste, de l’outil. C’est aussi quelque chose de très corporel
et physique. La typographie, c’est le signe posé, stabilisé
et figé, mûrement réfléchi et travaillé,
plus cérébral peut-être. En fait, je travaille d’avantage
la typographie, avec des périodes plus ou moins longues où
je m’attarde sur la calligraphie. Je fais partie de cette génération
de graphistes qui ont découvert la typographie en la manipulant,
sans vraiment savoir comment faire, ni quoi faire. Donc, je ne sais
pas comment ça s’appelle... curiographe ?
La typographie ne nourrit pas toujours son homme.
Quelle est votre activité principale ?
Depuis que je suis indépendant, je fais beaucoup de choses très
différentes dans le graphisme, la publicité et l’édition.
Mais depuis quelques temps, les travaux typographiques deviennent plus
important dans mon emplois du temps. Et puis la typographie, c’est aussi
les logos, la création de visuels, les titrages et d’autres petites
choses qui peuvent nourrir juste ce qu’il faut un typophage!
Quels sont les derniers projets sur lesquels vous
travaillez ?
Pour
l’instant, je finalise quelques fontes perso comme le Berto et
le Trevor Sans. Je travaille aussi sur une fonte pour une entreprise.
Entre temps, je vais mettre en ligne un site sur la calligraphie latine,
ce sera l’occasion pour moi de faire un premier point sur mes études
dans cette matière et je vais essayer de faire partager aux internautes
le goût pour « la belle écriture ».
La présentation de vos logos est très
pédagogique. Est-ce que ce travail d’explication fait partie
intégrante du métier de graphiste/typographe ?
Pas
obligatoirement. Mais je pense qu’il est intéressant de montrer
aux gens la façon dont on procède. Ça n’est sans
doute pas lié à la typo ou au graphisme, c’est une question
de personnalité, si j’étais pâtissier ou menuisier,
j’aurais cette même envie d’expliquer les choses. D’autres n’éprouvent
pas cela ou le font d’une autre manière, mais ce n’est pas grave.
Le but de mon site n’est pas seulement de vendre mon travail, mais aussi
de faire partager une passion. En outre, je préfère montrer
deux logos de cette manière que dix sans rien expliquer. Mais
dix en expliquant, c’est bien aussi, on verra cela plus tard...
Les logos présentés (Kleber, Ultramarine)
sont d’inspiration très typographique alors que d’un autre côté,
vos fontes sont d’inspiration très calligraphique. Quid ?
En effet, mais c’est presque un hasard. Pour les logos, c’est aussi
le choix du client d’aller vers la typographie. Et j’aime bien passer
d’un style à l’autre, c’est moins ennuyeux.
Vous êtes indépendant mais avez travaillé
en agence. Pouvez-vous comparer les deux cadres de travail ?
Incomparable. L’un et l’autre ont leur avantages et inconvénients.

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Script, portrait de caractère (Avril 2001) et Présentation
du Nouveau logo
de Planète typographie (Août 2005). Voir aussi
Mr Pixel
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